Circularité dans l'industrie européenne : quels sont les principaux freins à la transition ?

29 mai 2026

Contexte

Le projet Genesis (Greening Economy Network for Enhancing Sustainable Industrial Systems), dont NextMove est partenaire, vise à réduire les disparités en matière d'innovation entre les régions européennes en accélérant la transition vers une industrie à la fois verte, circulaire et numérique.

Dans ce cadre, une cartographie de 27 écosystèmes régionaux d'innovation a été réalisée, couvrant des territoires variés tels que l'Île-de-France, la Wallonie, l'Émilie-Romagne, la Lettonie ainsi que plusieurs régions de Roumanie.

Les 11 partenaires du projet ont mené des analyses approfondies, incluant des cartographies des parties prenantes et des études des chaînes de valeur sectorielles. Au total, 56 études de cas mettant en lumière des pratiques innovantes ont été identifiées, et 11 ateliers régionaux ont été organisés, rassemblant plus de 230 participants (Matinée de l'industrie circulaire - NextMove).

Le périmètre sectoriel de la cartographie s'articule autour de cinq filières jugées stratégiques pour la transformation industrielle européenne : l'automobile, le transport et la logistique, les industries à forte intensité énergétique, la défense et l'espace, et l'industrie manufacturière.

Un double impératif : transition verte et transformation numérique

Ce travail identifie la convergence entre transition verte et transformation numérique, la Twin Transition, comme le moteur structurel de la transformation industrielle en cours. Cette convergence n'est pas un choix stratégique facultatif : elle est imposée par la combinaison des réglementations européennes (Green Deal, Pacte Industriel propre, Fit for 55, règlement ESPR, CBAM), des pressions concurrentielles mondiales et des attentes des grands donneurs d'ordres.

Sur le plan vert, la réglementation européenne fixe des trajectoires ambitieuses : fin des ventes de véhicules thermiques en 2035, extension du marché carbone (EU ETS) au secteur maritime, cibles de circularité des matériaux à 24% d'ici 2030.

Sur le plan numérique, l'adoption des technologies de l'Industrie 4.0, jumeaux numériques, IA, IoT industriel, robotique avancée, s'impose comme un prérequis de compétitivité dans tous les secteurs analysés.

Les points de blocage observés

Malgré la diversité des régions, les ateliers de parties prenantes ont révélé une remarquable convergence dans les obstacles rencontrés.

Le déficit de compétences est le frein le plus unanimement cité, dans toutes les régions et tous les secteurs. La pénurie touche les ingénieurs en mécatronique, les techniciens spécialisés dans les carburants alternatifs, les profils en robotique, les experts en éco-conception et analyse de cycle de vie, ainsi que les spécialistes en cybersécurité industrielle. Ce décalage tient à une inadaptation structurelle des systèmes éducatifs face à la vitesse des mutations technologiques.

Le coût et les risques financiers de la transformation constituent le deuxième verrou majeur. Les investissements nécessaires dépassent souvent la capacité financière des PME, qui représentent pourtant l'essentiel du tissu industriel de toutes les régions analysées. Les périodes de retour sur investissement sont longues et incertaines, et l'accès à des financements reste limité dans les régions moins développées.

La complexité réglementaire crée une charge administrative croissante, surtout pour les petites structures. La mise en œuvre simultanée de multiples réglementations européennes mobilise des ressources importantes en expertise juridique et administrative. La fragmentation entre États membres dans la classification des déchets et des matières secondaires entrave notamment le développement des filières circulaires transfrontalières.

Les lacunes d'infrastructure freinent la transition dans les régions moins avancées : équipements vétustes, insuffisance des réseaux de recharge pour véhicules électriques, absence d'infrastructures hydrogène, fracture numérique entre grands donneurs d'ordres et PME sous-traitantes.

Enfin, la fragmentation numérique, l’absence de standards partagés pour les données produits et le retard dans le déploiement du passeport numérique de produit limite la fluidité des chaînes de valeur circulaires et la traçabilité des matières.

La circularité en Île-de-France et en Normandie

L'Île-de-France figure parmi les régions les plus avancées du réseau GENESIS en matière de circularité, de transformation numérique et de transition vers une industrie verte, forte de ses capacités de R&D et de ses clusters spécialisés dans la mobilité durable, l'industrie numérique et les cleantech.

La Normandie s'appuie quant à elle sur deux atouts complémentaires : une position de gateway logistique de premier rang, et une économie industrielle en transition autour de l'automobile, de l'aéronautique et de la mécanique.

Pour autant, l'étude met en lumière des points de tension propres à chaque territoire. En Île-de-France, malgré des pratiques circulaires plus structurées qu'ailleurs, les matériaux recyclés restent peu réintégrés de façon systématique dans les processus de fabrication, et l'intégration numérique le long de la chaîne de valeur demeure insuffisante.

En Normandie, les lacunes portent davantage sur le recyclage avancé des batteries, de l'électronique et des matériaux composites, ainsi que sur le manque de coordination entre les acteurs de fin de vie, les recycleurs et les industriels.

Ces difficultés nécessitent une réponse coordonnée. L’l'Île-de-France et la Normandie, ont un rôle moteur à jouer dans la transition industrielle européenne, non seulement par leurs propres dynamiques d'innovation, mais en tant que partenaires des régions en rattrapage.